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Réconcilier élevage et culture céréalière : le modèle de la polyculture durable

Comme le rapporte la coopérative vendéenne Cavac sur le terrain, et comme l'INRAE l'a confirmé au salon SPACE de Rennes, élever des bovins et cultiver du blé ne sont pas deux mondes qui s'ignorent: ce sont les deux faces d'une même pièce.

mis à jour 23 septembre 2026

Réconcilier élevage et culture céréalière : le modèle de la polyculture durable

Les nouvelles filières « Positive Agriculture Trajectoire » lancées par Cavac sur le blé meunier, et les travaux recentrés de l'INRAE sur la polyculture-élevage, dessinent la même feuille de route. Celle d'une agriculture qui mise sur le sol, l'animal et la patience.

Le retour d'expérience du Gaec L'Entr'Aide

Au cœur du haut bocage vendéen, le Gaec L'Entr'Aide de Chavagnes-les-Redoux a intégré cette année une quinzaine d'hectares de blé tendre dans la filière bas carbone de Cavac. Son associé Yohann Bourraseau le résume sans détour: « Chez nous, les moissons sont toujours des moments festifs, très attendus. Malheureusement cette année, ça va être une très mauvaise récolte. » La première parcelle a été battue le 17 juin, avec une quinzaine de jours d'avance sur un été 2025 déjà jugé exceptionnel — la précocité devient la norme, et elle préoccupe.

Pour durer, l'exploitation s'appuie sur trois leviers concrets: un travail du sol limité pour éviter l'érosion et stocker du carbone, une diversification des assolements, et la valorisation des effluents d'élevage pour caler les apports d'azote. Yohann en tire une conclusion que je partage en cuisine: « Ce sont les changements progressifs qui donnent du sens et produisent du résultat. En plus, j'ai une meilleure valorisation de ma production à travers la prime. »

Une récolte 2026 qui serre les dents

Le terrain, lui, rappelle qu'aucune bonne pratique ne conjure le climat. Sur la première parcelle de 3,5 ha, le compteur s'arrête à 37 quintaux, alors que le secteur tourne habituellement entre 65 et 70. Sur l'ensemble du Gaec, la récolte 2026 tombe à 280 tonnes pour un rendement moyen de 5,2 t/ha, contre 300 tonnes en 2025. « Nous avons produit à perte sur le blé, constate l'éleveur, mais heureusement que nous avons une partie du tonnage sous contrat Agri-Éthique qui nous garantit un prix déconnecté des marchés et ces nouvelles filières qui valorisent mieux nos productions. » En polyculture-élevage, les bovins restent précisément le socle qui équilibre les comptes quand la céréale vacille.

Ce que confirme l'INRAE au SPACE 2026

Au salon international de l'élevage, l'INRAE a présenté ses travaux sur la gestion de l'eau, la baisse des émissions de gaz à effet de serre et les synergies agronomiques entre cultures et élevage herbager. Le message rejoint celui de Cavac: la polyculture-élevage n'est pas un retour nostalgique, c'est une réponse technique aux aléas climatiques. Pour nous en cuisine, c'est aussi la promesse de bêtes nourries sur des sols vivants — et donc d'une viande à la mâche, au persillé et à la jutosité que seule une herbe bien gérée peut offrir. À suivre de près: l'élargissement de ces filières, le modèle économique pour l'éleveur, et l'effet réel sur la qualité des carcasses qui finiront dans nos assiettes.